Des jeux qui tournent mal...
Très répandu dans les cours d’école, le jeu du foulard fait des dizaines de victimes chaque année. Sorte de rituel initiatique, il procure à l’enfant des expériences sensorielles nouvelles mais qui peuvent s’avérer fatales.

Décryptage avec Catherine Vince, parent de victime et ex vice-présidente de l’APEAS (Association de Parents d’Enfants Accidentés par Strangulation).
- Qu’est-ce qu’on appelle "le jeu du foulard" ?
Le jeu du foulard recouvre un certain nombre de pratiques qui ont toutes en commun le fait de jouer avec sa respiration pour obtenir des sensations fortes.
En modifiant sa respiration, on modifie l ‘alimentation en oxygène du cerveau (plus de gaz carbonique moins d’oxygène) et celui-ci se met à "pétiller" et produire, des sensations plus ou moins agréables (troubles sensoriels, troubles de la vision, troubles auditifs, sensations de vertige, ivresse, évasion, évanouissement…).
Cette phase de conscience modifiée est très rapide et si l’alimentation normale du cerveau n’est pas rétablie, l’enfant se dirige vers la mort en quelques minutes, la première manifestation étant l’arrêt cardiaque.
Il y a une graduation dans les techniques qui vont :
- Du simple fait de retenir sa respiration le plus longtemps possible (jeu de la tomate)
- En passant par l’hyperventilation forcée (grandes inspirations et flexion rapide des jambes) puis compression du sternum ou des carotides par un tiers.
- Ala forme la plus aboutie et la plus dangereuse avec lien autour du cou.
- Quelles sont les autres appellations courantes ?
Rêve indien, jeu de la tomate, le rêve bleu, la grenouille, jeu des poumons, le coma, le cosmos, le jeu de la serviette, l’évanouissement...
- Où et comment se déroulent ces jeux ?
Ces jeux se pratiquent et s’apprennent en collectivité (cour de récréation, centres de loisirs, internats...) à l’abri du regard des adultes. Comme son nom l’indique “jeu du foulard”, il s’agit d’un amusement, d’un jeu d’expérience abordé par les jeunes en toute innocence et inconscience. Ils pensent sincèrement que le danger est minime, qu’ils ont une parfaite maîtrise de cette expérience.
- Est-ce une pratique collective ou plutôt solitaire ?
Après avoir testé ce jeu à plusieurs, certains jeunes sont tentés de renouveler l’expérience seuls, à l’aide d’un lien quelconque pour compresser les carotides. Le risque devient alors majeur. C’est la forme mortelle de ce jeu puisque personne n’est là pour desserrer le lien si le jeune s’évanouit.
- Qui est concerné ?
Il n’existe pas de profil type. N’importe quel enfant est concerné, qu’il soit initié sous la pression du groupe, influencé (par une lecture, un film, des images sur internet), ou intrigué par cette découverte.
Néanmoins il ne s’agit pas en général d’enfants violents mais plutôt d’enfants curieux. Il ne s’agit pas non plus d’enfants suicidaires. Au contraire, ces "jeux" semblent être, à travers une recherche exacerbée de sensations, des tentatives de "plus de vie".
Il existe une forte proportion de garçons parmi les enfants décédés, ce qui ne veut pas dire que les filles ne sont pas pratiquantes, bien au contraire. L’initiation peut commencer dès la maternelle (jeu de la tomate). Le pic de mortalité se situe vers 12 ans.
- Quels sont les effets recherchés ?
Une expérience sensorielle, une évasion, un voyage, quelque chose de l’ordre de la magie.
- Quelles sont les conséquences sur la santé de l’enfant ?
Les conséquences sont celles de l’anoxie cérébrale (privation d’oxygène du cerveau) qui endommage gravement les neurones.
Elles varient selon la durée et l’intensité de l’anoxie. Cela va de céphalées intenses et persistantes à la mort.
Un arrêt cardiaque peut survenir à n’importe quel moment.
En cas d’évanouissement, de syncope, d’arrêt cardiaque le jeune peut se blesser en tombant (fracture du crâne, nez, mâchoire brisée...)
- Quelles sont les séquelles que l’on doit redouter ?
En cas de pratique répétée,
- Problèmes d’yeux rouges, de céphalées de douleurs d’oreille
- Lenteur mentale et perte de concentration
- Crises épileptiques à répétition
- Paralysie, perte totale d’autonomie à vie (peut arriver dès la première pratique)
- Coma plus ou moins profond (peut arriver dès la première pratique)
- Certains jeunes deviennent dépendants à ce jeu et ses effets comme pour une drogue.
- Comment détecter ce genre de pratique ?
Il existe un certain nombre de signes discrets mais à repérer. Sans les connaître on ne peut pas les interpréter.
- Traces suspectes sur le cou (parfois camouflées par des polos fermés, des cols roulés, des écharpes...)
- Réponses évasives sur l’origine de ces traces (“je me suis battu, c’est un suçon...”)
- Lien, corde ceinture traînant sans raison auprès du jeune,
- Maux de tête violents, récidivants
- Douleurs auriculaires
- Rougeurs suspectes sur le visage et/ou au niveau du blanc de l’œil
- Diminution de la concentration
- Bruits sourds dans la chambre, contre le mur, sur le sol (chute dans le cas d’une pratique solitaire)
- Interrogations sur les effets, les sensations, les dangers de la strangulation.
- Comment en parler avec les enfants ?
Il faut interdire formellement aux tout petits de jouer avec leur respiration et de se serrer le cou. Pour les plus grands, il faut les alerter clairement, sans langue de bois, sur les dangers encourus lors de ces pratiques. Les jeunes n’ont bien souvent aucune idée de l’extrême danger et pensent sincèrement que ce n’est pas dangereux s “ils font attention”. Enfin, il faut se faire aider par des professionnels.
- A combien s’élève le nombre de pratiquants en France ?
Très peu de chiffres existent sur cette pratique méconnue donc non répertoriée. On estime qu’au moins 10 décès se produisent chaque année mais ce chiffre est très en dessous de la réalité car il correspond au nombre de cas répertoriés par notre association quand les parents ont le courage d’appeler. Beaucoup d’enfants dont la mort a été classée en suicide sont vraisemblablement des victimes du jeu du foulard.
Propos recueillis par Sindy Trudo
NOTRE SELECTION
Nos enfants jouent à s'étrangler... en secret
Le jeu du foulard / De Françoise Cochet et Anne Correa Guedes /Oeil Editions / octobre 2001 / 262 pages / 18,29 €Présentation du livre : "... Voici bientôt un an, nous avons perdu notre fils Nicolas, 14 ans 1/2, à la suite d'une pratique dont nous n'avions jamais entendu parler auparavant, et pourtant terriblement répandue chez les jeunes, qui consiste à s'étrangler mutuellement dans le secret de petits groupes de copains, afin de découvrir des sensations de type hallucinatoire.
Quelques jours après le décès de mon fils, j'ai décidé de faire passer une information par les médias, afin d'alerter à temps d'autres parents, et de sauver ces jeunes inconscients du drame possible !
De nombreux témoignages m'ont été adressés depuis. D'autres familles de victimes m'ont rejointe. Malgré les efforts de quelques journalistes, trop peu ont été informées, des enfants sont en danger en cette rentrée scolaire.
Il était devenu nécessaire et urgent de publier un livre retraçant la découverte de ces pratiques inimaginables pour nous, comme pour la plupart des parents, et reprenant les principaux témoignages reçus, la chronologie de notre action durant neuf mois, et les réactions d'une administration plus ou moins inerte, face à un réel danger qui guette les jeunes. Ce livre doit sauver des vies..."
NOS INFOS
APEAS
Association de Parents d’Enfants Accidentés par Strangulation16 rue des Ecoles
75005 PARIS
Tel : 06.21.45.41.86 / 06.13.42.97.85
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Posté par
Sylvia le 2009-02-24 15:49:56

Ce jeu est terrifiant ! Mes petits-enfants auront bientôt l'âge d'entrer à l'école, et j'ai très peur qu'un jour ils se laissent entraîner par les autres dans des jeux stupides et dangereux de ce genre.
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Posté par
mamina le 2009-02-24 15:57:36

Depuis que j'ai abordé le sujet avec ma fille, elle est persuadée que sa propre fille joue à ce genre de jeux. Pourtant moi je n'ai rien remarqué d'anormal de mon côté. Je ne sais pas où commence la psychose, sachant que ma fille ne veut pas aborder le sujet avec son enfant...
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Posté par
philipmarin le 2009-02-24 16:11:26

En tant qu'ancien professeur de collège, retraité depuis quinze ans, je n'ai jamais rencontré ce type de problème dans les établissements que j'ai fréquenté à l'époque. Il semble que cette pratique se soit développée depuis peu de temps... Cela n'est guère rassurant !
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