Apprendre aux tout-petits à gérer leurs émotions

Caprices, agressivité, turbulence, renfermement… mais que se passe-t-il dans la tête de nos tout-petits ? Difficile de comprendre quand les mots manquent. Assailli par des sentiments aussi imprévisibles que furtifs, le jeune enfant ne parvient pas toujours à identifier les raisons de son trouble. Comment l’aider à mieux gérer ses émotions au quotidien ? Voici quelques éléments de réponses.


La peur, la tristesse, la colère sont autant d’émotions nécessaires au développement affectif et social de l’enfant. Jusqu’à neuf mois, le tout-petit n’accède qu’à une palette d’émotions très restreinte. Sa vision du monde est "profondément narcissique". Il est au cœur de toutes les attentions familiales - chacun de ses besoins est comblé avant même d’avoir été ressenti - et se trouve dans l’incapacité de prendre en compte un autre point de vue que le sien.



L’enfant et le plaisir immédiat

Mais à partir de deux ans, l’enfant va entrer dans un processus de "socialisation". Il va commencer à se décentrer de lui-même, découvrir le monde extra-familial et confronter ses désirs à ceux des autres. Une phase d’éveil cruciale qui se poursuivra avec le développement de l’empathie, l’apprentissage de la générosité et de la compassion, la valorisation de la coopération et du compromis, ainsi que la nécessité de s’exprimer par les mots.
altPour autant, cet apprentissage ne se fait pas sans difficulté. Il s’accompagne inévitablement d’épisodes de bouderie, de crises de larmes, d’accès de colère ou de comportements agressifs. Des mouvements naturels qui n’existent que dans le présent et sont autant de réponses immédiates à la frustration.
La frustration, un sentiment dont a besoin l’enfant pour grandir car il lui permet de canaliser sa vitalité impulsive en renonçant au "plaisir immédiat" et de se projeter sur le long-terme.
L’erreur des adultes consiste trop souvent à croire que le jeune enfant n’est pas capable de gérer le manque. Il va chercher à satisfaire chacune de ses exigences au lieu de l’accompagner dans la gestion de sa frustration.


Expliciter et négocier


Vite submergé par ses émotions, le tout-petit ne parvient pas toujours à identifier ce qui lui arrive. C’est donc à vous adulte de l’aider à préciser ce qu’il ressent pour lui permettre de le dépasser.


Cela passe par l’explicitation et la négociation. Interdire pour interdire n’aurait que des effets catastrophiques pour l’enfant et la relation qui vous unit à lui en pâtirait.

- Faites preuve d’empathie. Je vois bien que tu es triste…, C’est difficile pour toi d’accepter… J’imagine que tu te sens inquiet… En lui montrant que vous le comprenez, vous l’encouragerez à parler plus facilement et l’aiderez à identifier les émotions qui l’agitent au moment présent. Il prendra conscience que les adultes aussi peuvent rencontrer ce genre de difficultés et adoptera des stratégies d’adaptation (en partie basées sur l’imitation).
Une fois la confiance instaurée, vous l’aiderez à verbaliser. Oubliez les "pourquoi" quelque peu péremptoires et préférez les questions ouvertes : Qu'est-ce que ça te fait ?, Qu'est-ce qui se passe pour toi quand… ? Qu'as-tu ressenti quand… ?
Lorsque vous aurez mieux identifié les sentimentsde l’enfant, vous pourrez alors les reformuler clairement. D’une part, il se sentira écouté et compris et d’autre part, il pourra commencer à prendre un peu de recul par rapport à ses émotions.

- Jouez. A travers la mise en scène, le jeu, ou encore la lecture (à deux voix) l’enfant va expérimenter une palette d’émotions plus large (tristesse, peur, colère, doute) et trouver des moyens d’y répondre. Progressivement, il prendra conscience de ses capacités d’adaptation et pourra mieux gérer par la suite les situations réelles.

- Enseignez. Il est important d’expliquer au petit enfant l’incidence de son comportement sur les autres personnes, et lui montrer qu’il n’est pas le seul à ressentir de telles émotions.
Cela peut se faire à travers des outils aussi divers que la télévision- en commentant le comportement de personnages de dessins animés- ou les livres. Vous participerez ainsi à développer chez lui un sentiment d’empathie et de compassion indispensables à la vie collective.

La socialisation de l’enfant se joue avant tout dans la structure familiale. C’est pourquoi les relations que vous développerez avec votre petit-enfant conditionneront de manière forte ses rapports avec l’extérieur.

NOTRE SELECTION



Au coeur des émotions de l'enfant

Au coeur des émotions de l'enfantDe Isabelle Filliozat / Marabout / Décembre 2006 / 321 pages / 5,90 €


Valeurs et sentiments des 2 à 5 ans : Comment parler des émotion

Valeurs et sentiments des 2 à 5 ans : Comment parler des émotionDe Michael Schleifer, Cynthia Martiny et Nadia Tangorra / Presses de l\'Université du Québec / mars 2007 / 340 pages / 23 €
Présentation du livre : Les enfants peuvent-ils parler des sentiments et des valeurs dès l\'âge de 2 ans ? Bien sûr ! Mais qu\'est-ce qu\'un sentiment, une valeur, une valeur morale ? Qu\'est-ce que l\'empathie ? L\'auteur nous invite à réfléchir tout en donnant des conseils pratiques sur la façon de développer un jugement sûr chez nos enfants. Ce livre s\'adresse à tout éducateur - parent, grand-parent ou enseignant - qui, soucieux d\'investir un temps de qualité auprès des jeunes enfants (qu\'ils aient 1 mois ou 5 ans), souhaite leur inculquer des valeurs universelles telles que l\'honnêteté, la politesse et la responsabilité. Au fil des exercices, contes et exemples contenus dans cet ouvrage, l\'éducateur saura répondre de façon appropriée aux multiples interrogations de l\'enfant. Il l\'aidera à construire son autonomie morale et à accroître sa capacité de penser par lui-même.
Vos commentaires
  • Posté par annabelle le 2009-02-24 15:31:40

    Je suis débordée par ma petite-fille, dont je suis aussi la nounou quatre jours par semaine. Je n'arrive plus à faire face à ses accès de colère et à ses crises. Résultat, j'ai toujours peur d'être trop sévère... Vivement que cette période se termine !!


  • Posté par rosa le 2009-02-24 15:38:45

    Mon petit-fils de deux ans faisait des crises systématiquement quand je le mettait au lit pour sa sieste. A force de discussion et d'explication, il a fini par accépter et ne se plaint plus jamais avant de dormir.


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