Comprendre l’importance du doudou

Ours en peluche, coin de couverture, vieux chiffon… Le doudou ou nin-nin est le premier compagnon des tout-petits. Rassurant, il les suit dans tous leurs déplacements et les aide à surmonter leurs peurs, leurs frustrations. Mais quel est son rôle dans le développement de l’enfant ? Quelle est sa valeur affective ? Faut-il chercher à l’en séparer ?

Pour Gaëlle, 3 ans, impossible de s’endormir sans son Lapinou. Tous les soirs, elle se prête au même rituel. Elle respire les oreilles de son doudou, imprégnées de l’odeur de sa maman; lui embrasse le bout du nez ; le serre très fort dans ses bras… avant de plonger dans un profond sommeil…
C’est aux alentours de 8 mois que le doudou apparaît dans la vie de l’enfant. Une période charnière à laquelle le petit prend conscience que sa mère et lui ne forment pas une seule et même personne.



Le doudou, un substitut maternel

Ce processus d’individualisation, nécessaire à la structuration du jeune enfant, va s’accompagner d’un sentiment à la fois de peur - celle d’être séparé de sa mère- et de frustration – à travers l’expérience du manque. Pour traverser cette période déstabilisante, l’enfant va mettre en place une stratégie d’auto-réassurance en se créant un doudou. Désigné sous le terme savant d’objet transitionnel, le doudou est une sorte de substitut maternel, un lien symbolique entre la famille et l’extérieur. Quand maman n’est pas là, Lapinou est là pour veiller sur moi. Rassurante, la peluche aide la petite fille à mieux vivre la séparation parentale. Que ce soit un vieux tee-shirt rapiécé, un ours aveugle, ou un morceau de drap délavé, le doudou a une charge affective unique pour l’enfant. N’essayez pas de lui imposer une belle peluche ou un joli poupon, il n’en voudra pas. C’est lui qui le choisit, l’investit affectivement, le désinvestit et en change. Première expression d’un désir d’autonomisation, le doudou revêt une importance capitale dans la construction de la personnalité de l’enfant.

Pas de doudou à table


En vacances chez sa mamie, Gaëlle est inconsolable. Elle ne retrouve pas sa peluche. Elle a fouillé toute la maison de fond en comble. En vain. Malgré toute l’affection de son papi et de sa mamie, la petite-fille se sent terriblement seule. Comment aider l’enfant à gérer la perte de son doudou ? Pour un adulte, il est difficile de mesurer l’ampleur de la déception. Néanmoins, il doit se montrer concerné en aidant l’enfant dans ses recherches ou en prenant le temps d’écouter la douleur de l’enfant. Lorsqu’il ne maîtrise pas suffisamment le langage, il faut l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent. La parole permet d’atténuer la peine, de gérer la frustration et de dédramatiser la situation.
En moyenne, l’enfant reste très attaché à son doudou jusqu’à l’âge de 6 ans. Après quoi, il est capable de gérer seul le manque et la frustration. Il désinvestit l’objet affectivement au profit de nouvelles relations avec en le monde extérieur (familier ou étranger). L’objet désincarné devient alors un formidable support de développement de l’imagination, et un outil pédagogique comme le montrent de nombreux ouvrages jeunesse qui mettent en scène des doudous dans les situations de la vie quotidienne. A travers ces histoires, les enfants apprennent à adapter leurs réactions aux situations du quotidien. Dès l’âge de 4 ans, l’enfant pourra néanmoins apprendre à se détacher de son doudou. Pour l’aider, les adultes doivent poser des limites. Pas de doudou à table ni à l’école. Passage en machine obligatoire tous les 15 jours par exemple. Petit à petit, l’enfant supportera son absence et ne le réclamera plus qu’à l’heure du coucher. En revanche, l’adulte ne devra jamais utiliser le doudou à des fins punitives en le menaçant de lui confisquer par exemple. Il a pour lui une fonction sécurisante et rassurante. L’en démunir reviendrait à renforcer ses peurs et son mal-être.

Loin d’être un simple jouet, le doudou participe au développement psychique et intellectuel de l’enfant. Il lui permet de trouver les ressources nécessaires à la gestion du manque et de la frustration. Il est donc un allié… à ne pas négliger !

NOTRE SELECTION



Doudou or not doudou ?

Doudou or not doudou ?Nécessaire de bonheur ou objet transitionnel ? Du doudou au fétiche, tu seras un homme, mon fils / De Véronique Puech et Chantal Van Tri / Editions Ramsay / novembre 2006 / 230 pages / 18 €
Présentation du livre : Qu'ils l'appellent leur nécessaire de bonheur ou le considèrent comme leur premier et plus fidèle ami, presque tous les enfants possèdent aujourd'hui un doudou. Peluche, lange, oreiller, poupée ou même bout de ficelle... il peut prendre toutes les formes. La plupart des parents ont bien compris l'importance de ce petit ours tout râpé ou de cette poupée de chiffon délavée, qui rassure leur enfant au moment de s'endormir et lui donne du courage lorsqu'il est confronté à une situation inhabituelle. Les pédopsychiatres sont, eux aussi, très attentifs à la relation que l'enfant entretient avec ce compagnon qui, plus tard, ramène toujours aux souvenirs heureux de l'enfance. Depuis une dizaine d'années, les doudous sont sortis de leur strict rôle d'objets transitionnels et envahissent l'espace médiatique en même temps que l'univers des adultes. Si les téléphones portables, les cigarettes, les voitures ou les animaux domestiques deviennent peu à peu des doudous, alors il faut bien parler d'une véritable doudouisation du monde ! De l'hôpital à l'entreprise, les doudous sont partout et disent beaucoup de nos peurs, nos désirs et nos secrets. En menant l'enquête avec tendresse et précision dans l'univers des doudous, en interrogeant enfants, parents, sociologues et psychologues (de Marcel Rufo à Serge Tisseron), Véronique Puech et Chantal Van Tri nous proposent une réjouissante cartographie affective de la France d'aujourd'hui.


T'es où doudou ?

T'es où doudou ?De Muzo / Seuil Jeunesse / septembre 2008 / 16 pages / 13 €
Présentation du livre : Catastrophe! C'est l'heure d'aller se coucher et Victor a perdu son doudou. Vite, il faut l'aider à le retrouver! Accompagne Victor dans sa grande quête à travers les pages. Réussiras-tu à retrouver le doudou ? Bonne nuit !
Vos commentaires
  • Posté par jeannette le 2009-02-24 15:45:42

    Le week-end dernier ma petite-fille de six ans a oublié son doudou avant de venir passer deux jours chez nous. Quand elle s'en est rendue compte, elle était tellement inconsolable que j'ai dû rappeler ses parents pour qu'ils rapportent la peluche en question !


  • Posté par titi le 2009-03-13 15:31:40

    Ma petite-fille de 10 ans a encore un doudou (un ours en piteux état !)Elle le trimbale partout : même à l'école ! Je lui ai demandé si ses camarades ne se moquaient pas d'elle. Elle m'a répondu qu'elle s'en fichait. Mais je m'inquiète car elle n'a pas beaucoup d'amis. Elle est très introvertie. J'ai l'impression qu'elle s'est créé un ami imaginaire.


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