Mamie a un chouchou
Avoir un chouchou, c’est tabou. S’il n’est pas rare d’avoir une préférence pour l’un de ses petits-enfants, il est difficile de (se) l’avouer. On évoquera plus volontiers une certaine affinité ou des atomes crochus. Des termes psychologiquement plus acceptables mais qui ne reflètent pas toujours la réalité. Entre traitement de faveur et injustice flagrante, le lien privilégié peut devenir délétère.

Maxime, 7 ans, est l’aîné d’une fratrie de 3 enfants. Très éveillé, curieux, enthousiaste et rieur, il fait le bonheur de ses grands-parents… qui le lui rendent bien. C’est lui que l’on cajole ; que l’on emmène en week-end à la mer. Lui à qui l’on offre les plus beaux cadeaux à Noël ; à qui l’on excuse toutes les bêtises. Enfin lui en qui l’on place tous ses espoirs.
Amour et différences, un équilibre structurant
Comment expliquer cette préférence ? Maxime est-il le premier petit-enfant de la famille ? Le garçon que l’on n’a pas pu avoir ? Ressemble-t-il à l’enfant que l’on aurait voulu être ? A-t-il une santé fragile ? Ou simplement se sent-on plus d’affinités avec lui ? Le choix du chouchou répond à des motivations plus ou moins conscientes comme le sexe de l’enfant, son rang dans la fratrie, la configuration familiale (famille recomposée ou adoptive), des conflits larvés entre adultes ou des ressentiments…
Surinvesti par ses grands-parents, Maxime se sent une place particulière au sein de la famille, tandis que ses petites sœurs, reléguées au second rang, cherchent désespérément à attirer leur attention. Cette différence de traitement n’est pas toujours facile à admettre. Envahi par un sentiment de culpabilité, on se défend d’aimer ses petits-enfants d’un amour différent ou partiel. Pourtant par essence, l’amour est protéiforme. Il a besoin d’être individualisé pour exister et perdurer. De même que l’enfant se construit à travers le regard singulier qu’on lui porte. Celui qui le rend unique. Mais si la différence est structurante, elle ne doit pas devenir une source d’injustice.
Au lien privilégié à l’injustice flagrante
Très souvent, la naissance du premier-enfant représente un symbole fort pour les grands-parents. Il signe le prolongement des générations et participe à la pérennité de la famille. Chez les grands-mères, cette naissance peut par ailleurs réveiller un désir de maternité. Il n’est pas rare de voir des mamies inonder de leur amour leur petit-fils. Un amour fusionnel où les parents n’ont pas leur place. C’est à eux pourtant d’imposer des limites et de fixer des règles. Arrêter de gâter l’enfant ; ne pas céder à tous ses caprices ; évitez de le placer sur un piédestal… Car si ce statut d’enfant chouchou peut à première vue être enviable, il pose de vraies questions sur le développement narcissique de l’enfant. Quelle image l’enfant aura-t-il de lui ? Aura-t-il l’impression de ne pas être à la hauteur des espérances ? Saura-t-il trouver sa place auprès des autres enfants ? Et au sein de la fratrie ?
Découverte de l’arbitraire
Sans le vouloir, l’enfant-chouchou va faire naître chez ses frères et sœurs des sentiments forts - rivalité, jalousie, abandon, perte d’estime, démotivation, agressivité - souvent difficiles à juguler et qui menacent l’équilibre familial. Plus inquiétant encore, il va découvrir à travers l’attitude des adultes la notion d’arbitraire avec toutes les interrogations et les doutes qu’elle implique. A quoi tient l’attachement de mes grands-parents pour moi ? Est-ce qu’il m’aime pour ce que je suis ou pour ce qu’ils veulent que je sois ?
Malgré les efforts des grands-parents à taire leur préférence, elle se manifeste dans les gestes et les actes. Mais alors comment faire en sorte que les autres petits-enfants ne souffrent pas de cette fusion ? Certains grands-parents vont avoir tendance à la compensation matérielle. Un palliatif à la difficulté de s’investir dans une relation affective mais qui reste insuffisant. A l’argent, il faut privilégier l’échange et le dialogue. Créer un lien fort autour d’une passion, du jeu, des animaux, des loisirs, de l’humour ou encore des apprentissages réciproques. Une stratégie gagnante qui permettra à chacun des membres de la fratrie de retrouver confiance en lui et en les adultes.
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De l'amour entre grands-mères et petits-enfants
De Helen Exley / Exley Editions / 2000 / 7 €
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