Grands-mères pour la première fois
Si la naissance du petit-enfant est toujours accueillie avec une immense joie, il arrive qu’elle réveille chez les grands-mères des doutes et des craintes en lien avec leur propre expérience de maman.

Comment être une bonne mamie ? Comment s’investir dans la relation avec l’enfant sans froisser les parents ? Autant de questions que Nancy de la Perrière, psychologue à l’Ecole des Grands Parents Européens ( EGPE ) aborde régulièrement au cours de ces ateliers "Grands-mères pour la 1ère fois".
- Comment sont nés les ateliers "Grands-mères pour la 1ère fois" ?
D’un long constat… J’ai remarqué que le passage du statut de femme à celui de mère représentait un tournant décisif dans la vie d’une famille. Il induit un changement profond de la nature du lien "mère-fille" qui devra peu à peu laisser la place à une relation d’égale à égale. Ce basculement ou passage de flambeau ne se fait pas toujours sans difficultés. La fille peut redouter de prendre la place de sa mère, tandis que devenir grand-parent doit s’adapter à son changement de statut, à la fois familial et social.
- Quel sentiment prédomine chez les grands-mères à l’annonce de la naissance de leur premier petit-enfant ?
Il est variable… Souvent, elles sont impatientes d’être grands-mères car pour elles, c’est l’idée que la famille se prolonge (en partie grâce à elles), le symbole de la continuité de la vie. Certaines disent même se sentir rajeunir à l’arrivée de l’enfant. Mais il y a également des femmes qui ne sentent pas prêtes à investir cette nouvelle position, et ce sentiment est très souvent en lien avec l’image qu’elles ont de leur propre grand-mère.
- A quelles difficultés peuvent-elles être confrontées ?
Parfois, la maternité réveille chez les grands-mères certains manques qu’elles tentent de combler par "l’utilisation de l’enfant." Elles se l’accaparent, oubliant qu’il est l’enfant de leur enfant. Ce qui est très dommageable pour l’équilibre de la famille. D’autres ont le sentiment désagréable "d’avoir tout oublié" et craignent de ne pas savoir comment s’y prendre avec le nouveau-né. Enfin, il n’est pas rare de voir certaines mamies "dépaysées" par certaines méthodes d’éducation qu’elles jugent "trop libérales"…
- Quelle est la bonne distance à tenir pour le bien-être de chacun ?
Comme le disait Françoise Dolto à l’attention des grands-mères "Soyez-là quand on vous le demande…". Point. Autrement dit, elles ne doivent pas surinvestir leur rôle de grands-mères. J’ai reçu en entretien une femme qui avait arrêté de travailler dans la perspective de se rendre totalement disponible pour son petit-fils. Seulement sa fille ne lui a pas confié l’enfant autant qu’elle l’avait imaginé. Imaginez la déconvenue. C’est pourquoi il est important que les grands-mères poursuivent leur vie et leurs intérêts personnels.
- On entend pourtant de plus en plus de grands-mères refuser "d’être réduits en esclavage par leurs enfants"…
Oui c’est une revendication assez nouvelle qui tient selon moi au changement de statut des grands-mères. Pour beaucoup, elles travaillent encore ou ont une vie active (engagements, activités,…) qui ne leur permet pas de se libérer beaucoup de temps libre.
Je remarque cependant qu’à la naissance il y a une sorte de consensus entre les grands-parents et les jeunes parents. Un peu "vulnérables", les parents en herbe sont souvent en demande : de logement, d’argent, de soutien, etc... Pour autant, ils se doivent de respecter leurs parents et de ne pas faire de réclamations abusives. Quant aux grands-parents, s’ils ont envie de leur rendre service, ils doivent également apprendre à dire "non ".
- Seulement l’indisponibilité des grands-mères n’est pas toujours bien vécue par les enfants…
"Quand même elle pourrait faire un effort ! "… C’est je crois la réaction la plus courante des enfants, notamment des filles. Dans certains cas, elles iront jusqu’à considérer ce refus comme une offense personnelle, donnant naissance à des émotions négatives.
Mais de leur côté, ne l’oublions pas, les grands-mères souffrent parfois d’être mises un peu à l’écart. Des femmes me confient qu’elles se sentent parfois "de trop ". Sitôt les parents rentrés au domicile où elles gardent leur petit-enfant, elles ont le sentiment de devoir s’éclipser. Comme si chacun ne pouvait pas avoir sa place auprès de l’enfant…
Propos recueillis par Sindy Trudo
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