Les grands-parents face au deuil familial

Notre experte

Nancy de la Perrière, psychologue et animatrice à l’EGPE

La perte d’un être cher est toujours un moment dramatique dans une vie. Surtout pour un enfant qui apprend le décès d’un de ses parents. Dans ces cas-là, le rôle des grands-parents est essentiel car il reste le "médiateur de la mémoire", celui qui transmet les liens familiaux.



Pour mieux comprendre le sujet sensible du deuil au sein d'une famille, Nancy de la Perrière, psychologue et animatrice à l’EGPE (Ecole des Grands-Parents Européens), répond à nos questions.



- Lorsqu’un enfant perd sa mère ou son père (ou les deux), quelles sont les premières conséquences pour les grands-parents ?


Récemment, une grand-mère est venue me voir pour comprendre pourquoi sa belle-fille n’était pas en bonne intelligence avec elle à la suite du décès du mari de celle-ci. Le problème, c’est que la grand-mère pleurait son fils mais elle omettait de pleurer avec sa belle-fille. De fait, à trop mettre l’accent sur son propre chagrin, elle ne compatissait pas suffisamment au chagrin de sa belle-fille. Je pense que c’est quelque chose de très important à comprendre pour le grand-parent. Il faut qu’il endosse cette double souffrance et qu’il s’approche avec beaucoup de tact et de délicatesse de celui qui se trouve face au deuil de son conjoint.



- Pour que l’enfant comprenne et accepte le décès d’un parent, le dialogue des grands-parents est-il indispensable ? Où faut-il mieux une personne extérieure ?


C’est tout à fait essentiel. Le grand-père ou la grand-mère a connu le parent défunt dans son enfance et c’est, donc, la personne la mieux placée pour en parler à l’enfant. Elle doit, d’ailleurs, éviter que ce deuil ne transforme le père ou la mère en un dieu aux yeux de l’enfant. Si c’est un petit garçon, par exemple, il est difficile de s’identifier à un homme dont la mort l’a rendu parfait. Le dialogue est indispensable.



- Le problème du décès doit-il être appréhendé différemment s’il s’agit du père ou de la mère ?


Pas vraiment car le deuil est, de toute façon, tragique pour l’enfant. Mais il ne faut pas que les grands-parents ne s’émeuvent trop car l’enfant a une capacité de rebondissement assez grande. Tout dépend de son âge mais l’enfant peut pleurer de toutes ses larmes, puis s’amuser quelques heures après. Il n’a pas forcément les mêmes réactions qu’un adulte.



- Les grands-parents doivent-ils combler le manque d’affection ressenti par l’enfant (sans père ou mère, ou les deux) ?


La grand-mère a particulièrement un rôle à jouer par rapport à un enfant qui aurait perdu sa maman. Elle doit manifester de la tendresse physique car ce sont des gestes maternels. Le grand-père, aussi, est important et il peut parler avec son petit-enfant avec affection et tendresse. C’est d’autant plus important d’apporter de l’affection lorsque les deux parents ont disparu.



- Dans le cas où l’enfant se retrouve orphelin, les grands-parents doivent-ils se substituer aux parents disparus ?


Non, ils ne peuvent pas prendre leur place. Les grands-parents ont un rôle précis : ils doivent ancrer les petits-enfants dans une lignée. Certes, durant l’adolescence, l’enfant rejette souvent la famille mais elle reste, en premier lieu, l’endroit de confort. Le grand-père et la grand-mère assurent la transmission d’une génération à l’autre. Celle qui a disparu ne doit pas être effacée.



- Le parent qui a perdu sa femme ou son mari a également besoin du soutien de ses propres parents. De quelle nature doit-il être ?


Je crois que le plus important est d’être disponible, présent sans trop parler, être là pour son enfant tout en apportant un peu de gaieté au(x) petit(s)-enfant(s). Un parent en deuil est absent pour ceux qui restent. Les grands-parents doivent, donc, rester attentifs et actifs pour combler les manques.



- Et quand il ne reste plus qu’un parent comment ne pas être trop intrusif dans l’éducation de son petit-enfant mais à la fois présent ? Comment faire la part des choses ?


Certes, les grands-parents ont la tentation de critiquer leurs enfants car ils ont reçu une éducation différente de leurs parents. Les modes éducatifs changent avec le temps. Mais les grands-parents ne doivent pas directement intervenir sauf dans des situations dangereuses pour l’enfant. Ils peuvent faire passer n’importe quel message pour l’éducation du petit-enfant sans pour autant critiquer, ni juger négativement leur enfant



- Enfin, pensez-vous que le rôle joué par les grands-parents avec l’enfant orphelin est reconnu à sa juste valeur aux yeux de la société ?


Peut-être que leur rôle n’est pas suffisamment reconnu parce que la famille reste exagérément nucléaire, c'est-à-dire parents et enfants. C’est encore plus compliqué dans les cas de familles recomposées. Souvent, le nouveau gendre ou la nouvelle "belle-fille" ne veut plus entendre parler des parents de l’ancien conjoint et c’est problématique. Or, les petits-enfants ont toujours besoin de maintenir le lien avec leurs grands-parents. Le fils ou la fille qui a changé de vie ne doit pas couper cette relation-là.



Stéphane Pocidalo, mis à jour le 22 décembre 2009

Vos commentaires
Qu’en pensez-vous ?

Pour participer, il faut être connecté en tant que membre

A découvrir aussi
  • Est-il facile pour des grands-parents d'avoir de nombreux petits enfants ?

    Lire la suite
  • Pourquoi et comment construire son arbre généalogique ?

    Lire la suite
  • Secrets de famille : quelles conséquences pour les enfants ?

    Lire la suite