Belle-mère, belle-fille : un mariage explosif ?

Relation belle-mère, belle-fille

On choisit son mari, pas sa belle-famille ! Qui ne s'est jamais plaint d'avoir une belle-mère désobligeante, autoritaire et trop présente dans la vie du couple ? Et à l'inverse, combien de belles-mères apprécient la qualité des échanges avec leur belle-fille ?

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Entre froideur et indifférence, la frontière est vite franchie. Les tensions entre les deux femmes seraient-elles donc une fatalité ? Comment apprendre à les désamorcer avant qu'elles ne gâchent la vie de la famille ?
Réponses avec Lalie Walker, écrivain et psychothérapeute. Auteur de Belle-mère, belle-fille, un mariage à trois aux éditions L’Archipel.


- Les mauvaises relations belles-mères, belles filles sont-elles un mythe ?

Non. C’est une réalité, comme toute relation, elle peut-être difficile, voire mauvaise, pour la simple raison que c’est avant tout une relation de contrainte. Une femme et un homme se rencontrent, sont amoureux, concentrés sur leur nouvel amour, puis vont décider d’élargir le couple à leur famille. L’un et l’autre n’ont pas choisi la famille de l’autre. Ils vont donc devoir s’en accommoder. Parfois, c’est difficile. C’est apprendre à vivre avec un autre que l’on ne choisit pas mais qui s’impose du fait de la relation de couple.


- Qu'est-ce qui est à l'origine des tensions entre les deux femmes ?

Elles aiment le même homme, l’une son fils, l’autre son compagnon. Elles vont se confronter à leur personnalité et à leurs valeurs différentes, au temps à partager. Les tensions se cristallisent toujours autour d'éléments qui concernent les questions domestiques, l’éducation des enfants, la manière de faire telle ou telle chose. Les tensions peuvent aussi être liées au fait que belle-mère et belle-fille se retrouvent à jongler avec plusieurs fonctions, et qu’elles les mélangent. Mère du conjoint, femme mariée, divorcée ou veuve, grand-mère mais également fille de sa propre mère, la belle-mère n'est pas tenu à un seul rôle ; de même que la belle-fille doit assumer son rôle de femme-épouse, de fille avant de devenir mère à son tour.
Parfois, la belle-mère va ainsi oublier que si elle est la mère de son fils, elle n’est pas "l’épouse" de celui-ci et qu’elle doit dès lors laisser à sa belle-fille les fonctions relatives à cette place – autrement dit ne pas se mêler (sauf si on lui demande) de la vie du couple, de ses choix de vie ou encore de l’éducation de ses enfants.


- Pensez-vous qu'elles soient inévitables ?

Non mais il faut que la belle-mère fasse l’apprentissage de la séparation et son fils l’apprentissage de l’autonomie, comme dans sa petite enfance. Elle doit le laisser aller vers sa vie d’homme, aimer et être aimé par une autre qu’elle et surtout accepter de ne rien savoir de cet amour.
De son côté, la belle-fille doit apprendre à laisser son compagnon aller vers sa mère, partager un autre amour avec elle. Un amour qui est toujours antérieur à celui du couple et dont elle ne sait rien. Ce qui n'est pas sans créer des jalousies chez les deux femmes !


- Comment expliquer ce sentiment de jalousie voire de rivalité ?

S’il y a jalousie, c’est que la belle-mère n’accepte pas le chemin évolutif de son fils et cela peut réveiller des sentiments négatifs : mauvaise estime de soi, failles narcissiques, peur de l’abandon, de ne plus être utile à personne. Ou des peurs inconscientes. Le départ du fils, son engagement avec une femme qu’il désire et va aimer, provoque un changement, une rupture parfois douloureusement vécus par la belle-mère et qui agitent des schémas au niveau psychique dont elle n’aura pas forcément conscience. Et n'oublions pas qu'il y a dans la mise en couple du fils, les prémisses d’une vieillesse annoncée pour sa mère...


- La séparation entre une mère et son enfant ne se fait jamais sans douleur...

Une mère qui n’accepte pas ou vit douloureusement le départ et l’engagement marital de son fils est généralement une mère qui a trop investi la relation avec son enfant et s’est désinvestie d’elle-même. Elle a du mal à accepter qu’elle ne sera plus l’unique objet/sujet d’amour au féminin de son fils et craint de perdre ce quelque chose de si particulier – ce lien d’amour unique, une passion amoureuse non sexuelle et d’un amour inconditionnel. Il y a donc un sentiment de perte – réel ou pas selon les relations – et donc un deuil à faire pour la mère.


- Peut-on parler de rivalités entre les deux femmes ?

Il peut effectivement y avoir de la rivalité. La belle-mère va vouloir savoir ce qui se vit dans la relation qui unit sa belle-fille à son fils sans chercher nécessairement à savoir qui est sa belle-fille. Elle va se comparer à elle. (Qu'apporte-t-elle de plus à mon fils que je n'ai pas su lui donner ?) De son côté, la belle-fille va se demander pourquoi son conjoint est toujours fourré chez ses parents, ou pendu au téléphone avec sa mère, etc. Ces demandes ne sont pas toujours claires à l’esprit et demeurent dans l’inconscient, ce qui ne permet pas à ces femmes d’en prendre conscience. D’où des litiges sur des éléments extérieurs, comme le ménage, la façon de cuisiner etc...


- Qu'est-ce qu'une belle-fille reproche le plus souvent à sa belle-mère ?

D’être trop !… froide, autoritaire, envahissante ; de solliciter son fils pour un oui pour un non (donc de lui "rapter" son compagnon) ; de se mêler de ce qui ne la concerne pas ; de la regarder de travers, de lui envoyer des petites phrases assassines ; de ne pas l’estimer, de ne pas la reconnaître à sa juste place : celle de femme du fils-conjoint, puis celle de mère de ses enfants/petits-enfants.


- Et à l'inverse qu'est-ce qu'une belle-mère reproche à sa belle-fille ?

La même chose... mais à l’inverse ! De ne pas être assez... aimable, compréhensible, disponible. Pas assez bien, sous-entendu pour son fils qui lui est forcément admirable ; pas assez bonne cuisinière, mère de famille, épouse, fille, parfois. Enfin de l’empêcher de voir son fils, et ses petits-enfants, chaque fois qu’elle en a envie.


- Quelles limites ne doit pas franchir la belle-mère pour maintenir la paix dans la famille ?

Les territoires doivent être bien définis, à commencer par le couple lui-même - où fixe-t-il ses limites et quelles sont-elles ? - puis par chacun des membres de la famille.
La grande limite à ne jamais franchir étant la chambre du couple, or il existe encore trop de belles-mères qui (souvent en apparence pour aider financièrement le couple, surtout le jeune couple qui s’installe) offrent le lit matrimonial. Le refuser ! Ou qui pose des questions pour savoir si tout va bien dans le couple, sous-entendu, sexuellement et en vue d’une procréation à venir. Les parents ou beaux-parents n’ont pas se mêler de ces questions. Pourtant on entend souvent : "Alors, quand est-ce que vous allez me faire un petit-fils ou une petite-fille ?" A éviter à moins de vouloir se fâcher avec sa belle-fille...


- Comment la belle-fille peut-elle imposer ces limites sans risque d'ébranler l'équilibre familial ?

En discutant avant même la rencontre avec sa belle-mère des limites qu'elle et son compagnon veulent voir respecter (par exemple : il est hors de question que ta mère téléphone le dimanche matin avant midi), mais aussi des questions importantes relatives aux visites (surtout si le couple habite géographiquement près de la famille), aux vacances, au temps partagé, aux fêtes de famille, à la garde des enfants etc... En d'autres termes, il est important que le couple définisse ses désirs relationnels et ses limites quant aux contraintes qu’imposent les relations familiales. Car il va devoir se partager entre deux pôles de beaux-parents. Donc le définir, c’est pouvoir le communiquer à chaque pôle. Avant même que l’un ou l’autre des beaux-parents s’en mêlent. Mais rien ne doit être rigide, il faut accepter qu'il y ait des fluctuations.


- Le fils a-t-il un rôle à jouer dans la relation belle-mère, belle fille ?

Il doit aider sa femme à fixer les limites. Il doit apprendre à affronter sa mère, c’est à dire lui faire entendre qu’il n’est plus son "bébé" mais un homme et un père en devenir et qu’il doit désormais se consacrer à sa propre famille. Il doit comprendre que lorsque sa mère et sa femme lui exposent des griefs, qui souvent reposent sur des aspects domestiques qui lui paraissent anodins, cela n’est pas anodin. Il doit les prendre en considération au risque de donner le sentiment de ne pas être concerné.
Il doit également poser ses limites avec sa compagne; parfois oser le conflit ouvert afin de reposer les choses, se repositionner, donner la parole aux unes et aux autres. Ce qui est très important aussi pour la première rencontre entre belle-mère et belle-fille puisque c’est lui qui va l’initier. Il doit communiquer autant d’informations à sa mère qu’à sa compagne, afin que les deux femmes aient déjà quelques éléments précis, factuels (que mange-t-elle ? que fait-elle comme métier ? etc).


Propos recueillis par Sindy Trudo



NOTRE SELECTION



Belle-mère, belle-fille : Un mariage à trois

Belle-mère, belle-fille : Un mariage à troisDe Lalie Walker / L'Archipel / octobre 2005 / 261 pages / 17,95 €
Présentation du livre : Les clichés ont la vie dure. On dit les belles-mères froides, étouffantes, envahissantes, humiliantes voire incestueuses. Les belles-filles, quant à elles, seraient coupables de leur " prendre " leur fils, et de ne pouvoir les rendre heureux. Ces dernières sortent à leur tour leurs griffes ou s'avouent vaincues et rompent le lien. La victoire des belles-mères est le plus souvent amère. Surtout pour les fils ! Bref, lorsqu'on évoque le rapport belle-mère/belle-fille, ce lien familial si particulier, on parle souvent d'incompréhension, de crise, de déchirement, parfois de guerre, rarement de relations harmonieuses et constructives. Interrogeant tour à tour l'Histoire, la littérature, la psychologie, Lalie Walker analyse ce "mariage à trois", où se nouent des enjeux fondamentaux pour la cellule familiale et l'identité de chacun de ses membres. Mieux : elle propose des pistes de réflexion pour que chacun puisse trouver son rôle et établir une relation familiale plus sereine.



Marny : Belle-fille contre belle-mère

Marny : Belle-fille contre belle-mèreDe Axelle Laffont et Bauer / Hugo jeunesse / juin 2009 / 9,95 €
Présentation du livre : Le monde de Marny c'est celui des adolescentes et de leur famille recomposée avec le père bien sûr, mas surtout la belle-mère et dans ce monde-là les choses se compliquent quand on est une jeune fille de 15 ans. Belle mère, belle fille la guerre est déclarée.
Articulé en mini chapitres gags, cet album nous montre les rapports comiques entre les générations et les membres d'une famille d'aujourd'hui.
Vos commentaires
  • Posté par Ginette le 2009-02-23 18:09:26

    Je n'ai jamais eu me plaindre des relations avec ma belle-fille. Je ne partage pas toujours ses méthodes d'éducation mais je fais en sorte de ne pas donner mon avis de manière trop péremptoire. Je me limite à des petits conseils distillés avec humour et intelligence, c'est je crois la recette de notre bonne entente !


  • Posté par annabelle le 2009-02-23 18:10:28

    Ma belle-fille est une femme autoritaire et intolérante. Je ne peux jamais soumettre un simple avis sans que ça ne dégénère en conflits. Mon fils ne prend jamais part aux disputes. Je le trouve lâche, totalement soumis et ça ne fait que redoubler ma colère vis-à-vis d'elle !


  • Posté par mamyouyou74 le 2009-04-17 10:13:17

    j ai une relation plus amicale avec mon ex-belle fille qu'avant le divorce avec notre fils ,qui lui est en conflit avec nous suite a des divergences d opinion .Et nous reprochons de mieux nous entendre avec notre ex bf que la nouvelle compagne de celui ci, cette raison celle du chantage de la compagne de celui ci,et que je ne tolere pas de m obligee a ceder a ses caprices et de negliger plus ma petite fille que c est enfants a elle .Depuis c est la croix et la baniere avec notre fils qui se sert de notre petite fille pour mieux nous atteindre sachant que notre ex belle fille nous telephonne et parle avec nous il ne l accepte pas .Et reproche a notre ex belle fille de nous avoir amadouer afin de mieux nous mettre dans sa poche ce qui est faux?


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