Comment faire face à la maltraitance d'un enfant ?
Depuis 2004, la mission de l’Observatoire National de l’Enfance en Danger est de protéger les mineurs en situation de détresse, isolés, ou victimes de violences. Travaillant main dans la main avec le 119, numéro de téléphone permettant de recevoir les signalements de cas de maltraitance, l'ONED est chargé d’acheminer les informations vers les personnels compétents.

Pupilles de la nation, enfants battus, livrés à eux-mêmes… les situations de précarité et de danger sont nombreuses et sont autant de cas traités par l’ONED. Son directeur, Paul Durning, nous explique le fonctionnement et les objectifs de la structure.
- Sur quelles bases et dans quel but l’ONED a-t-il été créé ?
L’ ONED a vu le jour en 2004, avec la loi du 2 janvier, relative à la l’accueil et à la protection de l’enfance. A l’origine de sa création, il y a un constat : avant 2004, beaucoup d’acteurs, nationaux et locaux, intervenaient dans la prévention de la maltraitance. En France, la protection de l’enfance est partagée entre l’Etat (Ministère de la Justice, Education Nationale) et les départements (acteurs sociaux, associations). Il n’était donc pas possible avant 2004 d’avoir une vision claire de la situation et de son évolution au fil des années. Nous avons donc été chargés de rassembler toutes les connaissances sur la protection de l’enfance, ce qui implique un travail de recensement et d’observation.
- Que désigne-t-on exactement quand on parle de maltraitance ?
Un enfant maltraité est un enfant "en danger ou en risque de l’être". On ne cherche pas à définir la gravité de ce dont il est victime, mais à savoir quelle aide nous sommes susceptibles de lui apporter.
- Quelles sont les actions que vous menez au quotidien ?
Nous avons un double rôle de collecte de l’information et de coordination de l’action auprès des familles. Nous sommes, avec le 119, en première ligne pour recevoir les signalements d’enfance en danger, provenant des enfants eux-mêmes ou des familles. Au deuxième semestre 2008, nous avons eu affaire à 14.500 appelants. Outre cela, nous fournissons aux pouvoirs publics un rapport annuel sur la protection de l’enfance.
- Comment procédez-vous pour obtenir les chiffres de l’enfance en danger ?
Nous collectons un maximum de données pour offrir une vision d’ensemble sur le problème. Ces chiffres nous parviennent de beaucoup de sources : la police, la justice, l’éducation nationale, le milieu associatif… Actuellement, nous savons que 265.913 enfants bénéficient d’une mesure de protection au 31 décembre 2008, mais on ne sait pas encore les détails de ces mesures : leur durée, leur objet… Ces indications très partielles sont en cours d’amélioration.
- La loi du 5 mars 2007, relative à la protection de l’enfance, vous a-t-elle apportée quelque chose ?
Oui, cette loi a créé les "cellules départementales d’évaluation et de traitement des informations préoccupantes". Avant cette date, pour résumer, il y avait une double entrée dans le système : la justice, ou le social. Maintenant, ces structures locales, composées de responsables de la protection de l’enfance et de professionnels de la santé (médecins, psychologues), travaillent directement avec l’ ONED.
- Concrètement, lorsqu’un adulte ou même un enfant est témoin d’un cas de maltraitance, que doit-il faire ?
Sauf crime qui doit être rapporté aux autorités judiciaires, tout signalement en matière d’enfance maltraitée doit se faire au 119. Ce service téléphonique est gratuit, et disponible 24 heures sur 24. Ensuite, nous faisons suivre les informations aux cellules concernées. Ce sont elles qui feront le tri, au cas par cas, et redirigeront l’affaire soit vers la justice, qui imposera une mesure à des parents qui ne la souhaitent pas, soit vers les acteurs sociaux concernés, qui tenteront de trouver des solutions avec les familles.
- Quel rôle jouent les grands-parents dans la prévention des maltraitances ?
Au 119, nous recevons beaucoup d’appels de grands-parents, même s’ils ne représentent pas la majorité. Toujours sur le second semestre 2008, nous avons enregistrés 1.076 signalements provenant du grand-père ou de la grand-mère. Un peu à l’écart du cocon familial, ils sont cependant des témoins privilégiés lorsqu’un enfant est victime de violences ou d’abus.
Propos recueillis par Simon Duflos
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