Nos ados et leurs complexes
Trop grand, trop gros, seins trop petits, fesses trop plates… Le corps des adolescents n’est jamais à l’image de celui qu’ils aimeraient avoir. Objet d’insatisfaction, il peut donner naissance à des complexes et gâcher la vie de ces adultes en devenir. Comment les aider à s’accepter ? Réponses avec Daniel Marcelli, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Poitiers et co-auteur du livre "Ados, galères, complexes et prises de tête" aux éditions Albin Michel.

Marie, 15 ans, ne supporte plus son image dans le miroir. Toujours habillée de noir, elle se cache dans des vêtements sans forme. Depuis quelques semaines, elle a tendance à se renfermer et ne sort avec ses amis que très occasionnellement. Comme beaucoup d’adolescentes, Marie se dit très complexée par ce corps "qu’elle déteste ."
Quand le doute s’installe…
Les premiers complexes surviennent en général à l’adolescence, "un âge auquel on voit son corps se transformer et son statut social évoluer vers une position intermédiaire. On n’est plus un enfant, mais pas encore un adulte", explique le professeur Daniel Marcelli.
Loin d’être anodin, ce double changement vient perturber la vie de l’adolescent. "Il doit renoncer à la sécurité de l’enfance, à ses certitudes et même ses évidences au profit du doute. Il doute de lui, de son image, mais aussi des autres et de ce qu’ils peuvent penseer de lui", poursuit Daniel Marcelli.
… et devient une entrave à la vie sociale
Si beaucoup de "complexes" sont associés à l’image du corps, "il existe également des complexes liés aux rapports avec les autres. On parle alors d’inhibitions relationnelles ou phobies sociales" précise notre expert. Certains adolescents ont par exemple peur de prendre la parole en classe par peur des railleries.
Au lycée, Marie s’est fait dispenser de cours de natation. Elle refuse de se mettre en maillot de bain devant ses camarades de classe. "Lorsque les complexes de l’adolescent deviennent une entrave à la vie avec les autres et réduisent ses chances d’insertion sociale, il faut s’inquiéter, c’est le signe que l’adolescent va mal", insiste Daniel Marcelli.
Savoir écouter sans se montrer catastrophiste
Il y a deux écueils à éviter absolument : tourner à la dérision les complexes de l’adolescent (ex : c’est ridicule d’avoir peur de…) ou au contraire se montrer catastrophé (ex : oh mon pauvre chéri tu dois souffrir…). Dans les deux cas, cela ne fera qu’aggraver son mal-être. La meilleure attitude consiste à "reconnaître la gêne de l’adolescent tout en l’encourageant à la dépasser" (ex : Je suis content de voir que tes complexes ne prennent pas le commandement sur ta vie) explique le professeur.
Si les complexes prennent trop d’importance au quotidien, on pourra encourager l’adolescent à consulter. Mais le plus important, prévient le professeur, "c’est qu’il s’approprie la démarche de soins. Sans quoi, la thérapie sera inefficace."
Sindy Trudo
NOTRE SELECTION
Ados, galères, complexes et prises de tête
De Daneil Marcelli et Guillemette de La Borie-Munier / Albin Michel / Février 2005 / 230 pages / 15 €
Présentation du livre : "Je me suis fait racketter" "j'aime pas mon physique" "mon père a pété
les plombs". Toutes les questions, posées par les filles et les
garçons, ont leur réponse, avec en prime l'éclairage d'un spécialiste.
Que se passe-t-il ? Que faire ? Signal d'alerte, stratégie, à éviter.
Un livre intelligent qui va à l'essentiel et invite les 12-15 ans,
et plus, Ã demander de l'aide. C'est tellement mieux de comprendre ce
qui se passe.
QUELQUES CHIFFRES
Près de 97% des complexes sont d?origine psychologique et concernent des disgrâces pas toujours évidentes (nez, fesses, seins) contre seulement 3% qui sont véritablement liés à des malformations congénitales ou faisant suite à des accidents. Les disgrâces dites "subjectives" sont en général dues à la pression normative de l?image du corps par la société à laquelle s?ajoute la montée du doute chez l?adolescent (cf plus haut). Mais "croire qu?après une intervention chirurgicale, l?adolescent se sentira bien, c?est totalement faux !" affirme Daniel Marcelli. "Cela relève au mieux de l?utopie, au pire du charlatanisme !"
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