Les outils de la réussite
L’association l’Outil en Main est née à partir d’un constat simple : les métiers de l’artisanat sont ceux qui ont le plus besoin de main d’œuvre, ceux qui intéressent le plus les enfants, mais paradoxalement ceux qui ont le plus de mal à recruter. Dévalorisés aux yeux des parents, les cursus techniques et professionnels peinent à séduire.

Depuis plus de vingt ans, l’association met en relation artisans retraités et enfants curieux de découvrir des métiers manuels. La présidente nationale de l’Outil en Main, Yana Boureux, nous présente cette initiative unique en France et en Europe.
- Quel a été le point de départ de l’Outil en Main ?
L’association est née en 1984, quand Marie-Pascale Ragueneau, amoureuse du patrimoine et militante pour la sauvegarde du vieux Troyes, a eu l’idée de demander à des artisans retraités de transmettre leur savoir-faire et leur passion pour leur métier à des enfants. C’est ainsi que le concept a pris forme, d’abord à Troyes, puis à Lille. Et c’est à ce moment que l’Outil en Main a obtenu le prix Saphir, créé par AG2R, qui récompense les initiatives innovantes et intergénérationnelles. Aujourd’hui, plus de 68 associations locales ont vu le jour, et travaille avec environ 1.000 enfants et 800 encadrants.
- En quoi consiste le travail de l’association ?
Nous proposons aux enfants de découvrir tout un panel de métiers de l’artisanat, qu’ils ne connaissent pas, mais qui les intéressent. Nous ne faisons pas de la formation, ou de l’apprentissage, mais de la découverte. Il arrive que des enfants qui viennent avec une volonté précise de faire tel ou tel métier changent d’avis en explorant les autres ateliers. Toujours en petit groupe (deux enfants par homme de métier maximum), les artisans peuvent expliquer les bases de leur métier, et réaliser avec les enfants des tâches concrètes : taille de pierre, boulangerie, carrosserie, électricité, coiffure, couture… Plus de 50 professions sont représentées sur l’ensemble du territoire, en tenant compte des spécificités régionales : on trouvera plus facilement un atelier de tissage de filets de pêche en Normandie qu’en Savoie !
- A-t-il été facile de convaincre les retraités à "reprendre du service" ?
Il est vrai que nous manquons d’hommes de métier, mais c’est parce que la demande des enfants est très forte, et que nous ne pouvons y répondre. Les artisans retraités ont en général très envie de transmettre leur savoir. Dans beaucoup de cas, ils ne trouvent pas de repreneur pour leur succéder, et s’investir dans l’association leur permet de partager leur passion. De plus, venir toutes les semaines à l’Outil en Main, participer aux réunions, travailler avec les enfants, leur permet de tisser un lien social que certains avaient perdu. Les retraités d’aujourd’hui vivent plus longtemps, et disposent parfois de plusieurs dizaines d’années de temps de retraite. Certains vivent très bien cette période, mais d’autres se retrouvent isolés, ou se replient sur eux-mêmes. Avec leur engagement associatif, ils retrouvent un but, une place, dont ils se sentent parfois privés au quotidien.
- Les enfants, quant à eux, apprécient ces "profs seniors" ?
Oui, et certains trouvent aussi un certain réconfort auprès des artisans. Ils peuvent avoir été séparés de leurs grands-parents, après un divorce par exemple, ou un décès. Et ce lien intergénérationnel qui se créé par l’intermédiaire de l’association est très important. Il permet d’instaurer un rapport basé sur le respect plus que sur l’autorité. Nos hommes de métiers n’ont pas à faire de discipline, les choses se passent naturellement.
- Quel est le public visé par l’Outil en Main ? Vous adressez-vous à certains enfants en particulier ?
Non, nous sommes ouverts à tous. Nous avons des enfants de tous milieux, issus de toutes les couches de la population. Au début, certains parents hésitaient à inscrire leurs enfants, car les métiers manuels étaient considérés comme dégradants, et dévalorisants. Aujourd’hui, les mentalités ont évolué, et les réticences ont disparu. De notre côté, nous n’avons qu’un critère d’acceptation, c’est l’âge : les enfants qui veulent participer doivent être âgés de 9 à 14 ans. Avant 9 ans, c’est un problème de dextérité qui se pose, ils peuvent avoir certaines difficultés à exécuter des tâches qui requièrent des qualités physiques ou une précision extrême. Et après 14 ans, des soucis de disciplines peuvent apparaître.
- Qui vous fournit le matériel et les locaux pour mettre en place ces ateliers ?
Nous recevons tous types d’aides, et nous avons de plus en plus de partenaires locaux. Les lycées techniques ou les CFA nous prêtent leurs installations, certaines mairies mettent gratuitement à notre disposition des locaux désaffectés que nous entretenons par la suite, etc. Les Compagnons du Devoir nous aident aussi énormément. Mais c’est surtout dans les régions rurales que nous avons plus de difficultés à trouver des locaux.
- Et comment est financé l’Outil en Main ? Y a-t-il un coût pour les familles ?
Nous recevons plusieurs types d’aides : d’abord, celle du Ministère des P.M.E. qui nous verse une subvention. AG2R continue de nous aider, en donnant une aide au démarrage à chaque association locale qui se crée. Pour les familles, les cotisations vont de 50 à 100 euros par an. Le montant dépend de l’endroit où ils se trouvent, et une partie est nécessaire pour couvrir les frais d’assurance.
- Avez-vous des retours sur le devenir des enfants, une fois qu’ils ont quitté l’Outil en Main ?
Pas encore au niveau national, mais à Lyon, l’équipe a mis en place dès sa création un système de suivi statistique, qui établit que 20 à 25% des enfants choisissent l’un des métiers qu’ils ont découvert chez nous.
- Quelles sont vos perspectives pour l’avenir, l’association va-t-elle encore se développer ?
Oui, et à un niveau international, car la Commission Européenne s’est intéressée à notre projet, dans le cadre de ses recherches sur les initiatives à destination des seniors. Ils ont cherché ce qui se faisait dans chaque pays de l’Union, et n’ont retenu que deux projets, dont nous faisons partie ! Des membres mandatés par la Commission Européenne sont venus visiter une de nos antennes à Antony (Hauts de Seine), et nous sommes allés à Prague et à Leipzig pour des réunions de concertation. La mise en place d’une action européenne prendra peut-être du temps, mais les démarches se mettent en route doucement.
A savoir : si vous êtes artisan retraité et que vous souhaitez participer aux ateliers de l’Outil en Main, vous pouvez contacter les antennes régionales à cette adresse : www.loutilenmain.asso.fr. Aucun diplôme ou formation n’est requise, il vous suffira de justifier de votre expérience professionnelle artisanale.
NOS INFOS
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Posté par
claudie le 2009-02-24 14:42:44

Très bonne initiative, mon petit-fils y a déjà participé, et il a particulièrement aimé le graphisme et la pâtisserie ! Je n’aurai jamais cru qu’il s’intéresse aux travaux manuels !
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