Accompagner sa fille dans sa maternité

La maternité est une étape cruciale dans la vie d’une femme. Magique, elle soulève néanmoins de nombreuses questions. Preuve en est le nombre de guides et autres modes d’emploi qui sont dédiées aux jeunes mamans et dont regorgent les rayons de librairies et bibliothèques. Mais si tout ne s’apprenait pas dans les livres ?

Eclairage sur le rôle de la future grand-mère avec Joëlle Penso, pédopsychiatre à Paris.


- Une naissance est toujours une étape importante dans la vie d’une famille… ?

Plus que ça, je dirais que l’arrivée d’un bébé "chamboule tout" dans une famille. Certes, il apporte une nouvelle dimension à la famille mais surtout il renvoie chacun à sa propre naissance et entraîne une réorganisation du psychisme. Pour la nouvelle grand-mère, le changement de statut n’est pas nécessairement facile à vivre. C’est un coup de vieux ! (même si les mamies d’aujourd’hui restent dynamiques et actives). Elle doit accepter que sa fille devienne mère à son tour et prenne sa place ; elle doit la regarder différemment, comme une adulte, qui a une vie sexuelle. (on parle ici de la représentation fantasmatique)


- Quel rôle peut jouer la mère au cours de la grossesse de sa fille ?

La mère a un rôle à jouer mais il est, selon moi, de moins en moins important. Aujourd’hui, elle n’est plus associée à la prise de décision par ses enfants d’avoir ou non un enfant. Ils font le choix eux-mêmes, en fonction de leur situation professionnelle, de leurs aspirations, ou de leurs priorités. Ensuite, la mère suit la grossesse de sa fille mais à une certaine distance. Par exemple, les premiers mouvements du bébé dans le ventre, les premières échographies, la préparation de l’accouchement sont autant d’étapes vécues avec beaucoup d’émotion par le couple et le couple seulement. La mère reste en retrait. En revanche, elle sera la première à être informée de la naissance de son petit-enfant.


- Qu’est-ce qui peut expliquer cette prise de distance de la part des enfants ?

Les jeunes femmes sont aujourd’hui plus autonomes et plus mûres. En général, elles ont leur premier enfant assez tard (entre 30 et 32 ans) et ont donc déjà une certaine expérience de la vie sur un plan personnel et professionnel. Elles sont indépendantes et ont quitté le domicile familial ; pour la plupart, elles vivent en couple depuis plusieurs années et entretiennent avec leur conjoint une relation de plus en plus forte. Par ailleurs, je remarque que les jeunes femmes sont plus pudiques qu’auparavant. Elles ont du mal à montrer ou exprimer leurs faiblesses, leurs difficultés…
Pourtant le désir de la future grand-mère de participer à la grossesse est fort… C’est vrai mais son implication peut-être vécue comme une intrusion par ses enfants, qui plus est à la naissance du premier petit-enfant.


- Peut-elle encore jouer un rôle de transmission ?

Certainement mais dans une moindre mesure. La mère doit pouvoir partager son expérience de la maternité avec sa fille, même si parfois le fossé générationnel est très grand. Par exemple, l’accouchement tel qu’il existait il y a 25-30 ans, c’est-à-dire au tout début de la péridurale, n’a plus rien à voir avec ce qui se pratique aujourd’hui. Autre changement notable : les jeunes femmes sont mieux informées. On ne compte plus le nombre d’ouvrages en librairie qui traitent de la maternité. Ni même les sites internet dédiés aux jeunes mamans. Mais devant ce flot d’informations, pas toujours fiables et souvent contradictoires, il est rassurant pour une jeune maman de recevoir les impressions de sa mère car elle reste un modèle, un repère fort pour elle.


- Un "modèle" certes mais qui n’exclut pas les conflits

Mais les conflits sont parfois salutaires ! Les jeunes femmes ont besoin de confronter leurs expériences, de s’opposer à leur propre mère. C’est le signe qu’un dialogue est possible et même souhaité.
D’une manière générale, les conflits surviennent en matière d’éducation. Notamment quand parents et enfants ne tiennent pas leur rôle et empiètent sur les prérogatives de chacun. Car si autrefois les grands-parents élevaient en grande partie leurs petits-enfants, aujourd’hui leur rôle a évolué. Ils sont là pour écouter, accompagner, épauler…Ce que ne comprennent pas, étrangement, certaines jeunes mamans qui reprochent à leurs mères d’être trop laxistes. Une grand-mère me confiait récemment que lorsqu’elle gardait sa petite-fille, sa fille lui préparait une liste interminable de consignes et de recommandations… à suivre à la lettre au risque de déclencher un conflit.


Propos recueillis par Sindy Trudo


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Livre de bord de la future mamanDe Marie-Claude Delahaye / Marabout / janvier 2007 / 480 pages / 6,56 €
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Vos commentaires
  • Posté par Eugéniale le 2009-02-24 12:14:06

    Ma fille m'a fait participer de très près à sa grossesse, nous avons acheté tout l'équipement de la chambre du bébé ensemble, préparé la garde robe... J'ai beaucoup de chance, mais grâce à ça, je sais aussi quand rester un peu en arrière, pour ne pas être envahissante et pour éviter les conflits.


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